Kassapa au cœur des murs : la politique d’humanisation carcérale de Martin Kazembe
« Nourrir, soigner, reconnecter. À la prison centrale de Kassapa, Martin Kazembe Shula fait de l’humain la clé de sa politique carcérale. Reportage au cœur des murs »
Une visite qui rompt avec l’indifférence carcérale

Lubumbashi —Kassapa au cœur des murs : la politique d’humanisation carcérale de Martin Kazembe. Derrière les murs austères de la prison centrale de Kasapa, le quotidien des détenus est souvent marqué par la promiscuité et la précarité. Ce mardi 7 avril 2026, une scène inhabituelle s’y est pourtant déroulée : la présence du Gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, Martin Kazembe Shula, venu porter un message profondément humain.
Accompagné de plusieurs membres du gouvernement provincial et du conseil provincial de sécurité, le chef de l’exécutif a foulé le sol de cette maison carcérale avec une double ambition: améliorer les conditions de vie des détenus et réaffirmer l’engagement des autorités en faveur du respect des droits humains, y compris en milieu fermé.
Une assistance concrète face à l’urgence sociale
Au cœur de cette visite, un geste tangible : la remise d’un important lot de vivres et de produits pharmaceutiques. Farine de maïs, riz, haricots, huiles végétales, savon, médicaments essentiels… autant de denrées destinées à soulager le quotidien de détenus confrontés à une surpopulation chronique et à des conditions de vie souvent difficiles.

Ce soutien, salué par l’administration pénitentiaire, intervient à un moment crucial. « Un appui qui tombe à point nommé », a laissé entendre la direction de l’établissement, consciente de la pression constante sur les ressources disponibles.
Au-delà de la symbolique, cette dotation traduit une volonté politique assumée : ne pas reléguer les détenus à la marge des priorités publiques. « La vie ne s’arrête pas aux portes de la prison », semble rappeler, en filigrane, l’action du gouverneur.
Réhabiliter pour soigner : l’infirmerie renaît de ses cendres

L’autre temps fort de cette descente a été consacré à l’inspection des travaux de réhabilitation de l’infirmerie, partiellement détruite par un incendie l’année précédente. Sur place, le constat est jugé encourageant : les travaux ont atteint l’étape de la pose de la toiture, signe d’un chantier en voie d’achèvement.
Financé par le gouvernement provincial, ce projet vise à redonner à la prison un outil sanitaire digne de ce nom. Dans un environnement où les risques sanitaires sont exacerbés, la remise en état de cette structure apparaît comme une priorité absolue.
Ce chantier incarne, à lui seul, une orientation plus large : moderniser progressivement les infrastructures pénitentiaires et garantir une prise en charge médicale minimale aux détenus.
Dialogue et espoir : un message aux détenus
Mais la visite n’a pas été uniquement matérielle. Elle s’est également voulue humaine. Prenant le temps d’échanger avec les détenus, Martin Kazembe Shula leur a adressé un message d’espoir, les invitant à maintenir une collaboration constructive avec les instances judiciaires.

Objectif affiché : accélérer le traitement des dossiers, notamment pour les cas jugés bénins, souvent à l’origine d’une détention prolongée. Une promesse qui, si elle se concrétise, pourrait contribuer à désengorger les cellules et à restaurer une certaine confiance dans le système judiciaire.
Un écran géant pour reconnecter les détenus au monde
Dans un registre plus inattendu, le gouverneur a également annoncé l’installation prochaine d’un écran géant au sein de la prison. Une initiative qui permettra aux détenus de suivre les matchs de l’équipe nationale congolaise lors de la prochaine Coupe du monde.
Un geste symbolique, certes, mais loin d’être anodin. Dans un univers où l’isolement est souvent total, offrir un accès à un événement fédérateur comme le football revient à recréer un lien, même fragile, avec la société.
À l’annonce de cette mesure, l’enthousiasme des détenus ne s’est pas fait attendre. Preuve que, même derrière les barreaux, le besoin de communion et de partage reste intact.
Une politique pénitentiaire en mutation ?

Cette visite s’inscrit dans une série d’actions déjà engagées dans d’autres établissements de la province, notamment à Buluo, Kipushi et Pweto. À travers ces initiatives, le gouverneur intérimaire semble vouloir impulser une nouvelle approche de la gestion carcérale : plus humaine, plus attentive, et résolument tournée vers la dignité.
Reste à savoir si ces actions ponctuelles s’inscriront dans la durée. Car au-delà des gestes, c’est bien la transformation structurelle du système pénitentiaire qui est en jeu.
En attendant, à Kassapa, le passage de l’autorité provinciale aura au moins eu le mérite de rappeler une évidence souvent oubliée : même privés de liberté, les détenus demeurent des citoyens à part entière.
